Choisir son huile essentielle

Bien que ce soit un produit issu des plantes, l’huile essentielle (HE dans le texte) est active, délicate et doit être manipulée avec sérieux. Cela nécessite quelques connaissances, des précautions mais cela ne doit pas effrayer ! Une fois initié(e), vous aurez en votre possession les « ingrédients » d’une multitude de formules magiques !

L’essence est la partie volatile des plantes aromatiques. Elle est extraite par la distillation par entraînement à la vapeur d’eau et devient l’huile essentielle. Donc, toutes les plantes ne donnent pas d’huile essentielle. Le procédé d’extraction va permettre l’activation de certains composants de la plante. Pour les « citrus », (orange, pamplemousse, citron…) le terme huile essentielle est utilisé à tort car il s’agit d’une expression : les poches à essence du zeste sont simplement brisées mécaniquement. On obtient une essence d’agrume et non une huile essentielle.

Procédé de distillation par entraînement à la vapeur d’eau

Les propriétés des huiles essentielles sont dues à une synergie de molécules aromatiques. La composition chimique idéale est le résultat d’une savante alchimie dont seule la Nature a le secret. L’innocuité et l’efficacité sont liées d’abord à la récolte : le lieu (le terroir), le moment de la journée (à l’aube ou plus tard), le stade de développement de la plante (avant la floraison par exemple), la partie de plante, le mode de cueillette…Puis la méthode d’extraction a son importance : la qualité de l’alambic (inoxydable), sous basse pression, de l’eau de source peu calcaire et une durée adaptée pour obtenir toutes les molécules.

Les 100%

L’huile essentielle doit être 100% pure, 100% naturelle, 100% intégrale.

  • 100% pure : elle ne contient pas d’autres HE , ni térébenthine, ni huiles végétales, ni alcool…
  • 100% naturelle : elle n’est pas dénaturée par des molécules de synthèse, des émulsifiants chimiques ou des huiles minérales.
  • 100% intégrale : elle est non amputée, non rectifiée, non déterpénée, non décolorée…

Les huiles essentielles utilisées dans l’industrie cosmétique ou la parfumerie, par souci de rentabilité, ne répondent pas à ces premiers critères. Mêmes vendues comme 100% pures et naturelles, elles peuvent avoir subi de profondes modifications. Ces altérations vont au mieux en faire baisser le prix mais risquent surtout de les rendre allergisantes, toxiques voire cancérigènes.

La qualité doit être contrôlée chimiquement et physiquement en laboratoire. Le fabricant doit être en mesure de prouver les contrôles mis en oeuvre, notamment « la chromatographie »

L’espèce botanique

Les huiles essentielles doivent provenir de plantes botaniquement certifiées.

C’est à dire que les 2 noms latins doivent être spécifiés : le nom de genre et le nom d’espèce. Le latin est la langue universelle en botanique. En effet, le nom commun de la plante est insuffisant et peut être source d’accidents. Par exemple : en France, cèdre et thuya sont distincts et leurs huiles essentielles sont bien différenciées. Celle de thuya est très toxique. En Amérique du Nord francophone, cèdre et thuya peut désigner la même plante, la plus toxique. Avec le nom latin, la confusion ne peut avoir lieu : Thuya occidentalis ou Cedrus atlantica. Autre exemple : méfiez vous d’une huile essentielle de sauge sans autre précision : elle peut être neurotoxique (Salvia officinalis) ou inoffensive et même anti-épileptique (Salvia sclarea).

La partie de plante utilisée

Différentes parties de plante peuvent être distillées (écorce, feuilles, fleurs…). Dans une même plante, la distillation des diverses parties peut produire des essences aux propriétés différentes.

Par exemple, Citrus Aurantium ssp aurantium, l’oranger amer :

  • huile essentielle de fleurs = huile essentielle de néroli.
  • huile essentielle de feuilles = huile essentielle de petit grain bigaradier
  • essence de zeste = essence d’oranger amer.

Les 3 ont un effet apaisant mais plus ou moins prononcé et des qualités individuelles (anti-dépressive ou spasmolytique…)

La cannelle de Ceylan, Cinnamomum zeylanicum :

  • racines : huile essentielle riche en camphre. Neurotoxique
  • feuilles : huile essentielle riche en eugénol. Anti-infectieux puissant.
  • écorce : huile essentielle riche en aldéhyde cinnamique. Aphrodisiaque et antibactérien.

Chémotype

Comme pour le vin et ses cépages, les composants aromatiques d’une plante varient selon le « terroir ». Une même plante aura une composition différente selon l’ensoleillement, la composition du sol, l’altitude, le climat…Ces variations, appelées chémotypes, sont importantes à connaître pour garantir la qualité, l’efficacité et l’innocuité de l’utilisation d’une huile essentielle.

Exemple du romarin Rosmarinus offcinalis : le romarin récolté au Maroc est plus riche en 1.8 cinéole expectorant. En Provence, il est plus riche en camphre (bornéone) relaxant musculaire mais aussi neurotoxique. En Corse, la verbenone domine, active sur le foie.

Le chémotype est spécifié de différentes manières :

  • le nom latin (genre et espèce) est suivi de CT et du nom de la molécule : Thymus vulgaris CT thujanol
  • le nom français (genre et espèce) suivi de « à » et la molécule : thym vulgaire à linalol.
  • le nom latin ou français et la molécule entre parenthèse.

Dans certains cas, il n’y a pas différents chémotypes comme pour le laurier (Laurus nobilis) mais les molécules dominantes peuvent être signalées et les mention HEBBD (huile essentielle botaniquement et biochimiquement définie) ou HECT (huile essentielle chémotypée) sont précisées. Des analyses ont été effectuées pour identifier et certifier la qualité de la plante.

Autres critères

Certains préféreront des huiles essentielles bio. C’est la garantie d’une méthode de production respectueuses de l’environnement mais les huiles essentielles doivent être 100% pures et naturelles. Donc, elles ne doivent contenir aucun pesticide ni autre composant douteux. La distillation permet une forme de purification et le fabricant doit pouvoir présenter une analyse chromatographique sans résidus. Néanmoins, le label bio est à privilégier pour les essences d’agrumes car les zestes sont plus exposés aux traitements et ne sont pas distillés.

Enfin, méfiez vous des huiles essentielles à petit prix. Une huile essentielle de lavande à petit prix risque d’être coupée avec du lavandin ou une autre substance.

L’huile essentielle doit être conditionnée dans en flacon en verre teinté ou dans un emballage opaque, à l’abri de la lumière.

En conclusion

Les huiles essentielles sont les produits de l’alchimie de la Nature. L’Homme a extrait la quintessence, l’âme des plantes aromatiques par la distillation. Malgré tous ses efforts, Il n’a jamais su reproduire cette touche de magie qui rend ces fluides inimitables, inégalables. Les chercheurs n’ont créé que des mélanges de synthèse incomplets, décevants voire toxiques. Ne pouvant expliquer ou reproduire ces synergies, ces apprentis sorciers n’ont de cesse, semble-t-il, de les décrier.

Restons humbles devant ces produits naturels qui peuvent provoquer le meilleur comme le pire.